« Les bailleurs sociaux sont porteurs de solutions qui peuvent répondre aux besoins des élus »

Grand témoin

Interview de Jean-Luc Vidon, Président de l’AORIF

Extraits de l’interview parue dans la dépêche n°610402 d’AEF*.

L’AORIF a lancé sa campagne intitulée « Logement social en Île-de-France, IDÉES NEUVES ! », à l’attention notamment des candidats aux élections municipales de 2020. En quoi consiste-t-elle et quel en est le but ?
Jean-Luc Vidon : C’est une campagne sous forme d’une page dédiée sur notre site internet et d’une newsletter adressée à l’ensemble de nos partenaires (collectivités, partenaires, adhérents médias, etc.), pour leur rappeler le rôle particulier que joue le logement en Île-de-France, et notamment le logement social, au regard des besoins spécifiques de la région, en termes d’attractivité et de mobilité par exemple. Il s’agit aussi d’expliquer en quoi les bailleurs sociaux sont porteurs de solutions, d’innovation, de dynamiques, qui peuvent répondre aux besoins des élus, aussi bien individuellement que collectivement, à travers l’AORIF.

Ce sont des messages que vous défendrez aussi au prochain congrès HLM, en tant que région « accueillante »…
Oui, bien sûr. Le congrès HLM aura lieu fin septembre alors que s’ouvrira tout juste la campagne pour les municipales de 2020, c’est un moment opportun pour défendre l’action des bailleurs sociaux dans la région. D’autant que nous nous attendons à de nombreuses visites d’élus et de candidats. Nous avons donc construit notre programmation sur l’espace AORIF autour des initiatives auxquelles prennent part nos adhérents en Île-de-France, pour démontrer leur savoir-faire. Nous serons aussi actifs sur les réseaux sociaux et les supports numériques pour valoriser au maximum leurs actions.
Pour nourrir notre campagne, nous avons notamment lancé un appel à contributions auprès de nos adhérents, qui se sont montrés très réactifs — nous avons déjà reçu 150 fiches actions. Cela prouve qu’il y a une attente de leur part.

Quels types d’initiatives allez-vous en particulier mettre en avant ?
Elles seront très diverses, certaines d’ordre plutôt social, d’autres d’ordre plutôt technique. Un des derniers exemples en date du travail interbailleurs que nous encourageons sur la région, et qui répond à un besoin prégnant sur le territoire, c’est la bourse Échanger Habiter, que nous présenterons à nouveau sur le congrès. On pourra aussi évoquer les chantiers expérimentaux qui sont conduits par sept bailleurs pour mettre en place des modes opératoires plus simples et innovants sur les opérations en présence d’amiante. Nous avons aussi participé à la journée organisée le 1er juillet dernier par la préfecture d’Île-de-France et l’AFFIL, sur l’habitat intercalaire, qui peut constituer une véritable réponse à certains besoins des élus franciliens, grâce à une utilisation temporaire du foncier ou du bâti. Je pourrai encore citer le festival Regard neuf 3, qui peut intéresser les collectivités en ce qu’il prouve que les bailleurs sont en capacité d’intervenir sur un territoire pour en valoriser son image.

Pourquoi ce besoin de « convaincre » les élus ? La campagne de 2014 vous a-t-elle laissé un souvenir difficile ?
Il est vrai que nous tirons les leçons de la précédente campagne. Elle a été marquée en Île-de-France par les enjeux de réorganisation territoriale et de place respective des intercommunalités et des communes, et le logement social en a subi les conséquences. Il a parfois été utilisé comme un point de fixation des divergences, au point que certains projets soient remis en cause. Alors certes, le contexte est différent aujourd’hui, le fait intercommunal a progressé, ce qui est plutôt favorable à notre secteur. Mais, il reste encore des élus à convaincre de l’utilité des HLM, de leur qualité. Et traditionnellement, la période préélectorale est une période où les élus cessent de lancer de nouveaux projets. Or, d’une part nous avons signé avec l’État un pacte qui nous engage sur des objectifs de production. Et d’autre part, nous dénombrons aujourd’hui plus de 720 000 demandes de logements dans la région. Donc le message que l’on veut faire passer aux élus, c’est que ce n’est vraiment pas le moment de freiner les chantiers. Nous avons tous une responsabilité collective à assumer.

Le ralentissement de la production observé ces derniers mois peut-il aussi être imputable à la restructuration du tissu HLM francilien ?
Je n’en suis pas certain, et d’ailleurs ces regroupements ont plutôt vocation à consolider le secteur pour le rendre plus efficient. Je ne crois pas qu’il y ait de préoccupation majeure à avoir quant à l’impact de la restructuration sur la production. D’autant qu’il n’y a pas, et il n’y aura pas en Île-de-France de disparition brutale de bailleurs sociaux . Non, les raisons sont davantage d’ordre financier, ce sont les conséquences de la loi de finances pour 2018. Et même si la clause de revoyure a permis de stabiliser la situation, qui était prévue pour s’aggraver, tout l’enjeu consiste aujourd’hui à améliorer l’efficacité des moyens qui sont les nôtres.

Le préfet d’Île-de-France, Michel Cadot, est d’ailleurs chargé par la DHUP d’engager « une démarche exploratoire visant à proposer des évolutions aux modalités d’agrément et de financement de la production de logements sociaux » dans la région. Comment cette démarche pourrait-elle se traduire ?
L’idée est en effet d’accélérer tout le processus de production de logements sociaux, depuis l’élaboration d’un projet jusqu’à sa livraison. Nous sommes donc associés à ce travail, avec la DRIHL et la Banque des territoires, pour identifier les axes d’amélioration possible. Et nous signerons avec le préfet, sur le congrès HLM, un accord avec des engagements mutuels sur la base de ce travail. Sur les agréments par exemple, il s’agirait d’améliorer la fluidité du process, en traitant en continu la demande d’agrément, l’instruction du dossier et la délivrance.
Autre exemple, la production est très liée à la disponibilité du foncier. Or, en Île-de-France, il y a beaucoup de grandes opérations d’aménagement qui sont réalisées par de grands opérateurs, sélectionnés sur concours, dans un système pas toujours accessible aux bailleurs sociaux. Et ceux-là se retrouvent donc à acquérir des programmes en Vefa, ce qui n’est pas un problème en soi, mais tout est question d’équilibre. À trop développer la Vefa, il ne faudrait pas à terme affaiblir la capacité de maîtrise d’ouvrage directe des bailleurs. Donc dans le cadre de ce travail avec la préfecture, nous avons soulevé cette question, et nous suggérons aux pouvoirs publics de déployer les permis valant division, qui permettraient d’attribuer les parcelles dévolues à la production HLM directement aux bailleurs sociaux.

Ces dernières années, le secteur a connu de nombreuses lois. Mobilisation pour le foncier, Alur, Égalité et citoyenneté, Elan, pour ne citer qu’elles. Pensez-vous qu’il faille aujourd’hui déployer de nouveaux outils législatifs, ou le corpus vous semble-t-il suffisant ?
Sur le foncier, les outils sont là. C’est désormais une question de volonté des acteurs. En revanche, on pourrait avoir besoin d’évolutions législatives pour développer l’habitat intercalaire ; un sujet sur lequel le préfet Michel Cadot est d’ailleurs très mobilisé, puisqu’il permet de fluidifier aussi l’accès à l’hébergement, ou au logement des salariés en mobilité. Aujourd’hui, les projets se montent un peu de bric et de broc, et si l’on veut multiplier ce type d’opérations, ce qui me semble particulièrement pertinent en Île-de-France, il faudrait créer des outils adaptés, comme des agréments mobiles pour des opérations flottantes, par exemple. Et chercher par ailleurs des modalités de financement complémentaires.

Vous tirez depuis plusieurs mois la sonnette d’alarme face au recul continu des attributions. Comment expliquez-vous le phénomène ?
Par le manque criant de logements abordables en Île-de-France, et en conséquence la capacité de plus en plus faible de nos locataires à quitter leur logement. Les attributions sont passées de 86 000 en 2016 à 74 000 en 2018, et les chiffres sur le premier trimestre 2019 font état d’un recul de 7 % par rapport au premier trimestre 2018. Les logements intermédiaires ne se sont pas encore développés massivement, et les prix sur le marché privé continuent leur progression… C’est une situation alarmante, symptomatique des difficultés que connaît la métropole. C’est d’ailleurs pour cela, aussi, que nous espérons que le PMHH sera bientôt adopté, pour enfin mettre en place une stratégie logement à l’échelle métropolitaine.

*Merci à AEF pour l’aimable autorisation de reproduction de la dépêche.

TwitterLinkedInEmailPrint